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Syriens, devant vous, les barbelés

En 2015, des centaines de milliers de personnes sont sur les routes de l’exode. Immigrés, migrants, et réfugiés suivant les différentes définitions officielles en vigueur pour classifier les déplacés, ont quitté leurs pays d’origine. Ils viennent principalement d’Afrique et du Moyen-Orient. Ils fuient les persécutions et la guerre dans leur Pays. La Syrie est le pays le plus touché par ces phénomènes de masse. Son peuple se meurt à petit feu. Les Syriens sunnites haïssent Daech, mais détestent encore plus Bachar el Assad, qui tente par tous les moyens d’enrôler la population dans l’armée sous peine de représailles, afin de garder la tête hors de l’eau et de maintenir son régime en place. Le peuple fuit en masse vers les pays frontaliers et l’Europe. Destination l’Allemagne pour une grande majorité d’entre eux. Pour eux, la route commence par la Turquie puis la Grèce, avant d’arriver en Macédoine et de passer en Serbie. Ils arrivent ainsi aux portes de l’espace Schengen :  la Hongrie. Son gouvernement, très à droite, tient une position qualifiée de « dure », parfois en contradiction d’ailleurs avec le droit européen. Au mois d’août, son armée a érigé à la hâte une double barrière de protection avec la Serbie. Sur 175km de long, l’armée a posé dans un premier temps des barbelés tranchants comme des rasoirs afin de dissuader quiconque de passer, puis construit une barrière de 3 à 4 mètres de haut. Pourtant, ils sont des milliers à tenter chaque jour l’aventure. Objectif : passer ce mur de fer en quête de liberté. Récit d’une longue nuit pour passer illégalement les portes de l’Europe…

17H19 : Cette famille syrienne a fui Damas, persécuté par le régime de Bachar el Assad. L'un d'entre eux présente une photo de son frère décédé sous les balles des milices à l'âge de 14 ans. Leur maison a été détruite et leur père mis en prison. 14H46 : Le téléphone est très important pour les migrants dans leur course vers la liberté. Il permet de prendre des nouvelles de la famille restée au pays, ou encore d'obtenir des informations de ceux qui ont déjà passé la frontière. 18H01 - Quelques heures avant de tenter de passer illégalement en Hongrie, ce Syrien occupe son temps en faisant sa toilette. La nuit à venir sera longue. 19H25 - Cette famille syrienne change une dernière fois la couche de leur bébé avant de passer la frontière serbo hongroise protégée par des barbelés. Il décideront finalement de ne pas accompagner le groupe pour cette nuit cruciale. 20H37 - Première course de la nuit. Le groupe vient de quitter le champ de maïs où ils étaient cachés et sont à découvert pour la première fois. 20H49 - Les Syriens guettent une patrouille de police serbe toute proche aux abords d'un champ de maïs séparant la Serbie de la Hongrie. Ils risquent la prison pour quelques jours s'ils sont découverts. 21H54 -  Cette petite fille ainsi que le reste du groupe fait silence pour ne pas se faire prendre alors qu'une patrouille passe tout près. 23H26 - Cela fait plus de 2 heures que nous sommes partis. Nous faisons halte dans un grand fossé en attendant minuit. Les Syriens espèrent qu'après cette heure, les patrouilles seront moins nombreuses. 23H44 - Trop fatiguée, cette petite fille s'est endormie dans les bras de sa mère alors que le groupe poursuit son chemin à travers les épis de maïs en direction des barbelés. 23H54 - Le groupe de Syriens que j'accompagne en rencontre un autre qui tente également de passer la frontière dans la nuit. Nous passerons le reste de cette longue nuit avec eux. 00H08 - Ce Syrien sort de l'argent pour le donner au passeur serbe. Ce dernier coupera les fils barbelés afin que lui et les autres puissent passer en Hongrie au petit matin. Le tarif : 500 euros pour couper les barbelés et y laisser passer 30 personnes. 00H16 - Cachés dans les champs de maïs, nous avançons vers la lumière, la frontière. 00H33 - Une longue marche pour la liberté attend ces Syriens qui à la hâte, vont tenter de passer en Hongrie. Cet homme ne possède plus qu'un peignoir trouve par terre et un caleçon pour tout vêtement. 1H22 - Marcher dans les champs de betteraves de nuit est compliqué. Il faut éviter les bosses et les creux dans le creux et malheureusement chuter parfois, mais dans le silence maximal à chaque fois. 1H23 - Nous marchons toujours en direction de la frontière. 1H49 - Recherchés par la police, les chiens et les hélicoptères en pleine nuit, les réfugiés syriens se cachent près de la frontière en espérant passer. 3H04 - En pleine nuit, ce migrant syrien guette la police toute proche aux abords de la clôture. La première tentative de passage illégal sera un échec. Il est resté caché dans les roseaux pendant 2 heures avant que police ne nous découvre. 5H15 - Le groupe de Syriens s’apprête enfin à passer la frontière entre la Serbie et la Hongrie au petit matin. Le passeur serbe vient tout juste de couper la clôture barbelée. 5H15 - Le passeur serbe coupe la clôture, les réfugiés passent en Hongrie en silence, mais dans un état d'excitation palpable. 5H16 - Enfin, la délivrance, le passage de frontière. Les barbelés qui séparent la frontière entre la Serbie et la Hongrie ont été coupés par un passeur serbe moyennant 500 euros pour 18 personnes. Ils entrent ainsi illégalement en Hongrie. 5H17 - Courir, toujours courir, sur des kilomètres à travers champs pour rejoindre une liberté pour le moment  bien précaire. 5H18 - Quelques minutes après avoir passé la frontière serbo-hongroise illégalement, ils courent vers leur liberté au petit matin dans les champs de maïs. 5H19 - Les premiers signes d’espoir apparaissent sur les visages de ses Syriens quelques minutes après avoir passé la frontière illégalement en coupant les barbelés. Ils continuent leur route pour trouver un transport pour Budapest. 5H30 - Quelques minutes après avoir passé la frontière illégalement, le groupe guette dans un bosquet que la police s'en aille, avant de poursuivre leur fuite en avant. Des passeurs palestiniens sont là pour guider les réfugiés. 5H37 - C'est la course à travers champs. Le groupe de Syriens se dépêche de rejoindre les premiers arbres juste après avoir passé les fils barbelés qui protègent la frontière de 175 km qui sépare aujourd'hui la Hongrie et la Serbie. À présent sur le sol hongrois, ils se cachent quelques minutes dans des bosquets avant de repartir en suivant les indications des passeurs palestiniens. 6H07 - Alors que les premiers signes de repis se dessinait, que les refugiés reprennaient leur souffle, La police les a surpris. D'un coup, tout le monde s'est mis à courir dans tout les sens pour echapper aux filets qui se refermaient sur eux. 6H07 : poursuivis par la police, ces Syriens passent à la hâte barrières et cours d’eau pour rejoindre une station-service à Roszke, et trouver des passeurs qui les transféreront à Budapest moyennant 200 à 250 euros par personne 6H13 - Ils viennent de passer la frontière serbe. Ils sont dorénavant en Hongrie, ils grimpent les dernières barrières guidées par des passeurs palestiniens dans une station-service pour ensuite chercher un autre passeur afin d’aller à Budapest. 6H18 - Cachés dans les toilettes de la station-service pour éviter la police, c’est l’attente : d'autres passeurs vont venir les chercher pour aller à Budapest contre 250 euro. 6H30 - Dans une dernière course pour semer la police, cette petite a perdu ses chaussures en passant par un cours d'eau. Elle attend avec sa famille la voiture de passeurs qui doit les emmener à Budapest. 6H19 - Fin du périple pour ces Syriens. Après avoir passé une nuit à déjouer la police en passant la frontière illégalement, ils ont trouvé un passeur qui les emmènera à Budapest moyennant la somme de 200 euros par personne (c'est gratuit pour les enfants